Reportage: Jour de rugby décodé

Au 6e étage du bâtiment de Canal+ situé à Boulogne-Billancourt (92), le service rugby de la chaine cryptée se réunit dans un grand open-space décoré de drapeaux de clubs et autres souvenirs accrochés au plafond. Entre deux bureaux, François Trillo et Pierre Buet, deux des co-rédacteurs en chef, accompagnés de leur équipe ajustent une dernière fois le conducteur de la soirée.
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François Trillo au maquillage avant d'entrer sur le plateau de Jour de rugby (Photo : Canal Plus)

Entrer dans les coulisses d'une soirée rugby sur Canal, c'est se trouver au beau milieu d'une mécanique bien huilée. Les abonnés ne seront pas dépaysés : seul l'habillage a subi un léger lifting aux reflets bleutés. « Jour de Rugby reste avant tout une émission de services. Notre but est de proposer aux abonnés ce qu'ils veulent voir, c'est-à-dire les résumés les plus complets possible des matchs », décrit Pierre Buet. Pour mettre tout cela en œuvre, le service rugby est entièrement mobilisé : une quinzaine de journalistes dans toute la France, plus une cinquantaine de techniciens dans les studios de Boulogne, et à peu près autant sur chaque stade.

Pourtant, l'ambiance est étonnamment calme dans la rédaction. On se chambre, on disserte sur les derniers résultats sportifs. Le gros du travail est déjà fait en amont. « Les choix éditoriaux sont déterminés dans la semaine entre Eric Bayle, Pierre Buet et moi, indiquait François Trillo juste avant la première journée de RUGBY TOP 14 Orange. Par exemple, ce soir (vendredi 13 au soir, NDLR), nous avons décidé de mettre un coup de projecteur sur Toulon, avec ses recrues-stars. Le match contre Bayonne sera donc mis en avant. Le jour du direct, on ne fait que revoir le conducteur et on cale le tout avec la technique ».

François Trillo devant les rencontres de la soirée (Photo : Canal Plus)Les résultats du soir n'ont finalement que peu d'influence sur le déroulement de l'émission : le temps d'antenne accordé à chaque match et leur ordre de passage sont déterminés à l'avance. Par exemple, Brive / Racing a droit à 4 minutes 30 d'antenne. A moins que le match ne soit extrêmement spectaculaire, auquel cas le journaliste présent sur place pourra demander à rallonger son résumé. Seuls les incidents techniques changent véritablement le cours de l'émission – ce qui arrive rarement.

Fabien Pelous arrive en fanfare

A l'heure où les premières rencontres commencent, la rédaction file dans le studio des Spécialistes, aménagé pour y regarder les matchs sur un mur d'écrans. Fabien Pelous arrive en fanfare, et le chambrage devient un sport local. Bertrand Guillemin, qui commente ce soir Toulouse / Agen, et sa nouvelle barbe en prennent pour leur grade, tandis que François Trillo se permet quelques facéties avant de passer au maquillage. Décontraction totale alors que, pendant ce temps, les techniciens s'affairent en régie, sous la houlette d'Eric Simon, le chef d'orchestre de la soirée.

Entre la régie de chaque stade et celle des studios de Boulogne, les tâches sont bien réparties. « Ici à Boulogne, on s'occupe surtout de coordonner tous les stades et de faire respecter le conducteur, indique Franck Bouillard, chargé de production à Canal. Les résumés sont fabriqués dans chaque stade. Dès que François lance un journaliste en duplex, c'est la régie du stade concerné qui prend le relais ». Chacun prend sa place en regardant les matchs d'un coin de l'œil. Dès le coup de sifflet final, le direct commence sur Canal+.

Sur le plateau de Jour de rugby (Photo : Canal Plus)20h30 précises : François Trillo prend l'antenne depuis le grand studio situé à l'étage du dessus. Il y fait un peu frisquet : le thermomètre affiche 12 degrés. « C'est pour que François ne sue pas trop pendant l'antenne, explique Thierry, le chef de plateau. Mais c'est pire chez d'autres : par exemple, sur le plateau de Thierry Ardisson, il ne fait jamais plus de 8 degrés ». Les sept caméras balayent un plateau inondé de lumière. Eric Simon jongle entre elles et les magnétoscopes, prêts à lancer les sujets. Zéro tension apparente. Le plan se déroule sans accroc une demi-heure durant, pause pub comprise.

La régie de Boulogne peut souffler

La main passe à Eric Bayle et à la régie installée à Perpignan. Le grand match peut commencer, et la régie de Boulogne peut souffler. Mais il faut rester sur le qui-vive. « On peut relâcher la pression pendant le match, mais je reste là en soutien, explique Eric Simon, le réalisateur. S'il y a un problème technique, je reprends l'antenne avec François en plateau ». D'autres s'affairent pendant les hostilités à Perpignan. Les opérateurs ralenti calent les meilleurs moments du match pour habiller le plateau de la mi-temps, alors que deux techniciens fabriquent dans une pièce voisine la fameuse palette.

Pierre Buet, lui, a le téléphone vissé à l'oreille. Le rédac' chef est en contact permanent avec les équipes présentes sur tous les terrains, et donne ses directives aux journalistes. « Je leur dis ce qu'on veut mettre dans l'émission, pour qu'ils puissent axer leurs interviews et leurs résumés en conséquence. On peut aussi retoucher le conducteur. Par exemple, avec la défaite de Toulon face à Bayonne, ça ne sert à rien de mettre en avant les recrues toulonnaises. A la place, on va se focaliser sur le résultat, en mettant des réactions à chaud des deux équipes. »Pierre Buet et François Trillo (Photo : Canal Plus)

Deuxième plateau de la soirée pendant la mi-temps. Eric Simon reprend la main, avant de la passer à Toulouse pour un duplex avec Bertrand Guillemin et David Skrela. Dans la régie de Boulogne, on pense au moindre détail. « Toulouse, resserrez le cadre sur Bertrand ! François va balancer une vanne sur sa barbe », lance Jérôme Colin, le chef d'édition. Finalement, François Trillo n'aura ni le temps de charrier son collègue, ni de lancer la palette. Les joueurs reviennent un peu en avance sur le pré d'Aimé-Giral pour la deuxième mi-temps.

« On n'est pas rouillés, on reprend vite nos repères »

Impossible de voir que ce soir c'est la première de la saison. « Grosso modo, c'est la même équipe chaque semaine et le même mode opératoire. Même après les vacances, on n'est pas rouillés, on reprend vite nos repères », analyse Pierre Buet. Sur le plateau, la rédaction se réunit à nouveau pour peaufiner les derniers détails. Tout est millimétré, et le planning ultraserré : l'émission doit durer 45 minutes, pas une de plus. Le chronomètre de la régie est lui aussi calé.

Le gros du travail est passé pour la rédaction, qui relâche la pression au fond de la régie. François Trillo, qui n'a pas quitté sa place sur le plateau de la soirée, n'attend plus que le coup de sifflet final à Perpignan. Mais avant cela, Pierre Buet entame une dernière accélération : la régie de Biarritz vient d'envoyer une autre interview de Sylvain Marconnet. Il faut faire un choix, vite : garder la première interview ou prendre la nouvelle ? A deux minutes de l'antenne, Buet décide de ne rien changer. Le coup de stress est passé.

Ascenseur pour le studio... (Photo : Canal Plus)A 22h45, Perpignan rend l'antenne, et Jour de Rugby démarre. C'est parti pour 45 minutes de direct, à jongler entre le plateau et les duplex sur les différents stades. La régie de Boulogne enchaine entre concentration maximale pendant l'antenne et léger relâchement pendant les duplex. On en vient même à disserter sur l'horoscope pendant le résumé de Toulon / Bayonne, ou à se moquer gentiment de François Trillo, qui vient d'oublier le nom de l'intervieweur de Sylvain Marconnet à Aguilera.

Bertrand Guillemin devrait être passé chez le barbier

23h30. Jour de Rugby s'achève. Le temps imparti est légèrement dépassé. Mais il reste encore un peu de travail : il faut insérer le lancement du résumé de La Rochelle / Castres pour les rediffusions du week-end. En deux tentatives, c'est bouclé. Et l'équipe peut faire un premier bilan. « Pour une première, c'était présentable, disons. Même si ce n'est pas notre rythme habituel de le faire en soirée », analyse Pierre Buet. Le travail accompli, les techniciens et les journalistes peuvent disposer. Vendredi prochain, on recommence la même opération. La mécanique Canal+ est déjà bien huilée, à un détail près : d'ici la deuxième journée, Bertrand Guillemin devrait être passé chez le barbier.

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