Depuis quand un monument doit-il forcément être haut ? On peut être petit mais grand. Comme Marcel Volot. Quand il arrive au stade des Arboras où évolue le club de Nice, Marcel Volot fait la bise à tous ceux qu’il croise avec les yeux pétillants de vie. A 94 ans, l’international numéro 364, est le patriarche des internationaux. Les épaules du très ancien talonneur du XV de France se sont rétrécies, et la veste trop large désormais lui offre des épaules qu’il a pourtant déjà eues.
« Vous savez, j’ai fait la une de « Culture physique magazine » avant-guerre, se souvient-il pas peu fier. A l’époque je faisais 800 abdos par jour ! ». Autour de lui, les enfants qui vont demander un autographe aux Ambassadeurs connaissent ce vieux monsieur toujours le bienvenu au club house, et dans les travées du stade. Autour des tables de la buvette, les moins anciens que lui se souviennent de ses séances d’abdos interminables.
Avec son mètre 66 et ses 70 kilos, Marcel a bien sûr du mal à se déplacer mais tout fonctionne encore bien. Surtout la mémoire. « En 1937, comme je faisais du rugby à Nice, on m’a envoyé faire mon service militaire avec les pompiers de Paris. A l’époque, on restait deux ans sous les drapeaux. La guerre est venue et je ne suis parti de Paris qu’en 1947 ». Pendant ces dix années, Marcel Volot va porter le maillot du Stade Français CASG et la tunique bleue à 5 reprises coincé au talon. Un match contre Galles le 22 décembre 1945, comme un beau cadeau d’après-guerre ; puis en 1946 l’Irlande, l’Armée britannique, les Kiwis et enfin Galles pour sa dernière rencontre avec l’équipe de France. Marcel a donc joué avec les plus grands de l’époque : Guy Basquet, Jean Prat, Yves Bergougnan, Alban Moga, Elie Pébeyre. « Oui, j’ai eu cette chance », avoue le vieil homme sage qui a commencé à tâter de l’ovale en 1932, à 15 ans.
Même le rugby d’aujourd’hui ne le tire pas de sa sérénité. Il sait que comme le monde évolue, le rugby suit naturellement le mouvement. Tenancier du bar « Le Rugby » à Nice, entraîneur du club pendant dix ans puis secrétaire général, Marcel Volot n’aime pas les trémolos. « D’ailleurs, j’apprécie beaucoup Max Guazzini le président du Stade Français qui m’envoie ses voeux tous les ans. Le rose du maillot ou le calendrier, ça ne me dérange pas. C’est de la réclame ! J’ai fait pareil quand je faisais de la musculation alors vous savez ! » Non, Marcel, on ne sait pas. On ne peut pas savoir ce que c’était ces journées passées dans un train pour rejoindre un entraînement du XV de France à Paris la veille d’un match ; on ne sait pas ce que c’est de payer 3 centimes pour prendre le Métro ; on n’imagine pas ce que pouvait être la découverte de Paris « la Capitale », par un Catalan ou un Basque fraîchement débarqué de sa province et qui rêvait en lisant « le sport ».
Un temps que même les moins de 50 ans ne peuvent pas connaître. « On n’avait même pas d’entraîneur !, ajoute t-il avec son éternel sourire. Jean Leroux qui nous accueillait était plus une mère poule qu’un coach. Il s’occupait de nous. On logeait au Lutécia, le palace parisien. » La cape plus le pompon pour ces jeunes garçons aux yeux émerveillés face à la Tour Eiffel. « Mais quelle amitié il régnait entre nous ! L’équipe marchait grâce à ça, car on ne jouait jamais ensemble. En club c’était deux entraînements par semaine, le soir après le boulot à la lumière de la lune… » Mais dans les propos de Marcel Volot on sent comme une retenue, presque un secret. Il a un vrai regret, enfoui en lui.
« Le seul regret de ma vie aura été d’avoir quitté le rugby à XV en 1946 pour rejoindre le rugby à XIII. » Il y sera aussi international mais la « licence rouge » de la FFR lui interdit alors de revenir jouer dans le XV. « J’ai fait une connerie ce jour-là. Je suis parti pour de l’argent, mais je n’aurai pas dû. Vous comprenez, en 1947 il y avait le Tournoi des V Nations qui reprenait. J’aurai pu le jouer et même revenir à Nice poursuivre ma carrière. » Licencié à Paris XIII, Marcel portera le maillot bleu au scapulaire blanc, caractéristique du rugby à XIII. A ses cotés, un autre monument de l’ovalie : Robert Puig-Aubert. De la même taille…
International
L’actu
Par Nicolas LAVALLEE, le 23 mars 2011.
A Nice, il reste un monument de 94 ans
Marcel Volot est l’international le plus ancien encore en vie. Né en 1917, à 94 ans, l’ancien joueur du Stade Français continue de se rendre au stade de rugby où tout le monde reconnaît cet homme d’1,66 mètres à la vie si riche. Rencontre lors des Ambassadeurs du rugby pro avec une page de l’histoire des ballons ovales.
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